Quelle durée d’amortissement pour une installation et un agencement agricole ?

# Quelle durée d’amortissement pour une installation et un agencement agricole ?

L’amortissement des installations et agencements agricoles représente un enjeu comptable et fiscal majeur pour les exploitants. Ces investissements, souvent conséquents, nécessitent une approche rigoureuse pour optimiser la gestion financière de l’exploitation tout en respectant les obligations légales. La détermination de la durée d’amortissement appropriée influence directement le résultat imposable et la trésorerie disponible pour de nouveaux investissements. Dans un secteur où les cycles de production sont longs et les contraintes réglementaires nombreuses, maîtriser les règles d’amortissement devient indispensable pour assurer la pérennité économique de l’exploitation. Les exploitants doivent naviguer entre les durées d’usage fiscales, les durées réelles d’utilisation et les spécificités propres à chaque type d’installation agricole.

Le cadre réglementaire de l’amortissement des installations agricoles selon le plan comptable agricole

Le secteur agricole dispose d’un cadre comptable spécifique adapté aux particularités de cette activité. Le Plan Comptable Agricole définit les modalités de comptabilisation des immobilisations, incluant les installations fixes et les agencements nécessaires à la production. Cette réglementation s’inscrit dans le Code Général des Impôts et s’applique aux exploitants soumis à un régime réel d’imposition. Les bénéfices agricoles sont déterminés selon des règles similaires aux bénéfices industriels et commerciaux, avec toutefois des adaptations tenant compte des cycles biologiques et des investissements lourds caractéristiques du secteur.

Classification des immobilisations agricoles selon les comptes de classe 2

Les installations et agencements agricoles relèvent de la classe 2 du plan comptable, regroupant l’ensemble des immobilisations. Ces actifs se répartissent en trois catégories principales : les immobilisations corporelles (bâtiments, matériels, équipements), les immobilisations incorporelles (droits au bail, licences) et les immobilisations financières (parts de coopératives, titres de participation). Pour les installations spécifiquement, le compte 2128 « Autres agencements et aménagements de terrains » enregistre les investissements comme les systèmes de drainage, les clôtures permanentes ou les voies d’accès. Les plantations d’arbres et arbustes figurent au compte 2121, tandis que les constructions légères utilisent le compte 2131. Cette classification détermine en partie le traitement fiscal applicable.

Durées d’amortissement légales définies par l’administration fiscale pour le secteur agricole

L’administration fiscale publie des durées d’usage qui constituent une référence pour les exploitants agricoles. Ces durées, bien que non obligatoires, offrent une sécurité juridique car leur application ne peut être contestée lors d’un contrôle fiscal. Pour les bâtiments d’exploitation, la durée varie généralement entre 20 et 50 ans selon la nature de la construction. Les agencements et aménagements de terrains s’amortissent typiquement sur 10 à 30 ans. Cependant, vous pouvez retenir une durée différente si elle correspond mieux à l’utilisation réelle du bien dans votre exploitation. L’administration tolère un écart de 20% par rapport aux durées d’usage sans exiger de justification particulière. Au-delà, vous devrez démontrer que les conditions spécifiques d’exploitation justifient cette divergence.

Application du régime réel simplifié et du régime réel normal en exploitation agricole

Les exploitants agricoles peuvent relever de différents régimes fiscaux selon leur chiffre d’affaires.

Dans tous les cas, dès lors que vous relevez d’un régime réel (simplifié ou normal), vous devez constater vos amortissements en comptabilité pour qu’ils soient fiscalement déductibles. Les règles de base demeurent identiques : inscription de l’immobilisation à l’actif, choix d’une durée d’amortissement cohérente, puis calcul annuel de la dotation en respectant le mode linéaire ou dégressif autorisé pour le type de bien concerné.

Distinction entre les amortissements linéaires et dégressifs pour les équipements agricoles

En exploitation agricole, l’amortissement linéaire reste le mode de calcul le plus utilisé. Il consiste à répartir de manière uniforme le coût de l’installation ou de l’agencement agricole sur sa durée d’utilisation : chaque année, vous comptabilisez une dotation identique. Ce mode est obligatoire pour de nombreux biens (bâtiments lourds, terres non amortissables, immobilisations incorporelles hors dispositifs spécifiques) et constitue le « socle » minimal admis par l’administration fiscale.

L’amortissement dégressif, lui, permet de pratiquer des dotations plus élevées les premières années, puis décroissantes par la suite. Il s’applique uniquement à certains matériels et équipements agricoles neufs, ayant une durée d’utilisation d’au moins trois ans et relevant de catégories listées par le Code Général des Impôts (matériel de récolte, de traite, de manutention, installations de stockage démontables, etc.). En pratique, ce mode est particulièrement intéressant pour les exploitations très capitalistiques qui souhaitent alléger leur résultat imposable au début de la vie du matériel et dégager plus de capacité d’autofinancement pour d’autres investissements.

Pour choisir entre linéaire et dégressif, vous devez confronter votre stratégie fiscale et votre réalité économique. Souhaitez-vous lisser vos charges dans le temps ou, au contraire, concentrer l’effort d’amortissement sur les premières années pour anticiper un renouvellement rapide ou faire face à un risque d’obsolescence technologique (par exemple pour un robot de traite ou un équipement informatique de précision) ? La réponse à cette question conditionne souvent le mode d’amortissement le plus pertinent.

Durées d’amortissement spécifiques pour les bâtiments et constructions agricoles

Amortissement des hangars de stockage et des silos à grains sur 20 à 30 ans

Les hangars de stockage, silos à grains et bâtiments dédiés au matériel constituent des immobilisations structurantes pour l’exploitation. Sur le plan comptable et fiscal, ils sont généralement classés en immobilisations corporelles de type constructions (comptes 213 ou assimilés) et amortis sur une durée de 20 à 30 ans. Cette fourchette reflète leur longue durée de vie, à condition qu’ils fassent l’objet d’un entretien régulier et d’éventuelles rénovations.

Concrètement, un hangar métallique simple, sans isolation particulière, pourra être amorti sur 20 ans, voire 25 ans dans certaines exploitations où il est peu exposé aux intempéries. Un silo béton de grande capacité, bénéficiant d’une structure très pérenne, pourra, lui, être amorti sur 25 à 30 ans. Vous pouvez ajuster cette durée en fonction de la nature exacte de la construction (charpente bois, métallique, bardage, dalle), du niveau de technicité (présence de ventilation intégrée, systèmes d’aspiration, automatismes) et de l’intensité d’utilisation.

On peut comparer ce type de bâtiment à un « tronc d’arbre » dans votre patrimoine agricole : il constitue l’ossature autour de laquelle les autres équipements (ventilation, vis sans fin, capteurs…) viennent se greffer et se renouvellent plus vite. C’est pourquoi il est souvent judicieux d’amortir séparément la structure du bâtiment et ses aménagements intérieurs, qui ont parfois une durée de vie beaucoup plus courte (5 à 10 ans pour certains automatismes ou équipements électriques par exemple).

Durée d’amortissement des étables, stabulations et bergeries

Les bâtiments d’élevage (étables, stabulations libres, bergeries, chèvreries) répondent à des logiques différentes de celles des simples hangars. Ils sont soumis à des contraintes sanitaires, de ventilation, de confort animal et d’impact environnemental qui peuvent conduire à des mises aux normes régulières. Dans la pratique, l’administration fiscale admet des durées d’amortissement comprises entre 15 et 25 ans pour ce type de constructions, avec une distinction fréquente entre bâtiments « légers » et bâtiments « lourds ».

Un bâtiment d’élevage dit léger, constitué majoritairement de matériaux tels que le bois, la tôle ou le fibro-ciment pour plus de 50 % de sa surface développée, peut être amorti sur 15 ans. Cette durée plus courte tient compte d’une usure accélérée liée à l’humidité, aux effluents et à la présence permanente des animaux. À l’inverse, une stabulation lourde, en dur (béton, maçonnerie), avec une charpente de qualité, sera plutôt amortie sur 20 ans selon un mode linéaire. Vous pouvez, sous réserve de pouvoir le justifier, retenir des durées inférieures si vos conditions d’utilisation sont particulièrement intensives.

Les aménagements intérieurs des bâtiments d’élevage (cornadis, logettes, racleurs, caillebotis démontables, tapis, ventilateurs) doivent idéalement faire l’objet d’un amortissement séparé. Leur durée d’utilisation réelle est souvent inférieure à celle du bâtiment lui-même, de l’ordre de 7 à 12 ans selon le type de matériel. En distinguant bâtiment et agencements, vous obtenez une image plus fidèle de la dépréciation de vos installations d’élevage et vous évitez de garder à l’actif des équipements totalement obsolètes alors que le bâti reste fonctionnel.

Traitement comptable des serres horticoles et tunnels de culture maraîchère

Les serres horticoles et tunnels de culture maraîchère se situent à mi-chemin entre les bâtiments traditionnels et les équipements. Leur structure (arcs métalliques, ancrages, fondations éventuelles) et leur couverture (plastique, verre, polycarbonate) influencent fortement leur durée d’amortissement. En règle générale, on distingue la structure, potentiellement amortissable sur 10 à 20 ans, et la couverture, à renouvellement plus fréquent, amortissable sur une durée plus courte, souvent 5 à 7 ans.

Pour un tunnel plastique maraîcher classique, de type bâche sur arceaux, une durée d’amortissement globale de 10 ans pour la structure, combinée à 5 ans pour la couverture, reste cohérente avec les durées d’usage observées sur le terrain. Une serre verre hautement technicisée, avec chauffage, automatisation de l’arrosage et de la ventilation, relèvera davantage d’une immobilisation lourde, parfois amortie sur 15 à 20 ans pour la structure, tandis que les équipements techniques (brumisateurs, écrans thermiques, sondes, unités de chauffage) suivront des durées propres de 7 à 10 ans.

Vous pouvez ainsi considérer vos serres comme un « mille-feuille » d’immobilisations : la couche de base (le bâti) vit longtemps, les couches intermédiaires (équipements techniques) se renouvellent à moyen terme, et la couche de surface (bâches, films) se remplace encore plus rapidement. Segmenter vos investissements de cette manière vous permet de caler des durées d’amortissement plus précises et d’anticiper le coût réel du renouvellement des différentes composantes de vos serres ou tunnels.

Amortissement des installations de drainage et d’irrigation permanentes

Les installations de drainage et d’irrigation permanentes constituent des aménagements fonciers essentiels pour la productivité de nombreuses exploitations. Il s’agit, par exemple, des réseaux enterrés de drains, des canalisations d’irrigation, des stations de pompage fixes, des bassins d’orage ou de rétention. Fiscalement, ces investissements sont généralement inscrits en immobilisations corporelles et amortis selon le mode linéaire.

Les travaux de drainage ne peuvent pas être déduits immédiatement en charges : ils doivent être amortis sur leur durée normale d’utilisation, souvent comprise entre 15 et 25 ans selon la nature des sols, la qualité des matériaux et l’intensité d’utilisation. Le réseau de canalisations d’irrigation permanente, s’il est conçu pour durer, s’amortira sur 15 à 20 ans. En revanche, les équipements mobiles liés à l’irrigation (enrouleurs, rampes, pivots) relèvent plutôt de la catégorie du matériel agricole, avec des durées plus courtes (7 à 10 ans en moyenne).

Les frais d’entretien courant des installations (curage, réparation ponctuelle, nettoyage des filtres, petites remises en état) restent, eux, déductibles immédiatement en charges. Seules les dépenses qui augmentent durablement la valeur patrimoniale de la parcelle ou prolongent significativement la durée de vie du réseau doivent être immobilisées. Distinguer rigoureusement amélioration durable et simple entretien est donc crucial pour bien gérer l’amortissement de vos installations de drainage et d’irrigation.

Amortissement des équipements et agencements spécialisés en exploitation agricole

Durée de vie comptable des systèmes de traite robotisés et salles de traite conventionnelles

Les systèmes de traite – qu’ils soient robotisés ou conventionnels – représentent parmi les investissements les plus stratégiques des élevages laitiers. Comptablement, ils sont enregistrés en tant que matériels et installations techniques et amortis sur des durées qui reflètent à la fois leur usure physique et leur obsolescence technologique. Pour une salle de traite conventionnelle (tandem, épi, roto), la durée d’amortissement admise se situe généralement entre 7 et 12 ans.

En pratique, une salle de traite bien entretenue peut fonctionner plus longtemps, mais les évolutions des normes, du confort de travail ou des attentes sanitaires conduisent souvent à des modernisations au bout de 10 à 15 ans. Les exploitants choisissent donc souvent une durée d’amortissement comprise entre 8 et 10 ans, ce qui permet de refléter une perte de valeur rapide tout en restant en phase avec la réalité technique. Certains composants (têtes de traite, groupes à vide, équipements de lavage) pourront être amortis sur des durées plus courtes si vous les immobilisez séparément.

Pour les robots de traite, l’obsolescence technologique est encore plus marquée. Leur durée de vie économique, compte tenu des progrès rapides en matière de capteurs, de connectivité et de maintenance, se situe souvent dans une fourchette de 7 à 10 ans. Sur le plan fiscal, un amortissement linéaire sur 7 ans est souvent retenu, éventuellement combiné avec un amortissement dégressif si les conditions sont réunies, afin de concentrer l’effort de déduction sur les premières années où l’investissement pèse le plus sur la trésorerie.

Amortissement des cuves de stockage, tanks réfrigérés et équipements de vinification

Les cuves de stockage (lait, vin, jus, eau), les tanks réfrigérés et les équipements de vinification sont au cœur des filières laitière et viticole. Sur le plan comptable, les cuves inox ou béton de qualité sont des immobilisations dont la durée d’usage peut atteindre 15 à 20 ans, parfois davantage. Toutefois, les équipements associés (groupes froid, systèmes de contrôle de température, pompes, filtres) ont une durée utile plus courte, de l’ordre de 7 à 10 ans.

Un tank à lait réfrigéré, par exemple, sera souvent amorti sur 7 à 10 ans, en tenant compte du fait que les exigences sanitaires et les volumes de production peuvent amener à le remplacer plus rapidement que sa simple résistance physique. Les cuves de vinification en inox haut de gamme peuvent, quant à elles, être amorties sur 15 à 20 ans, voire plus si la technologie ne devient pas obsolète. Là encore, la séparation des composantes (cuve, groupe froid, automatisation) permet d’ajuster plus finement les durées d’amortissement à la réalité de votre chai.

Les autres équipements de vinification (fouloirs, pressoirs, tables de tri, pompes, filtres) relèvent généralement d’une durée d’amortissement comprise entre 7 et 10 ans. Vous pouvez opter pour un amortissement dégressif sur certains matériels très sollicités en période de vendanges, afin de refléter une usure plus rapide et d’optimiser votre résultat fiscal dans les premières années suivant l’investissement.

Traitement des aménagements viticoles : palissage, systèmes anti-gel et filets paragrêle

Les aménagements viticoles constituent un cas particulier, à la frontière entre plantations et équipements. Les systèmes de palissage (poteaux, fils de fer, ancres) sont des immobilisations amortissables dont la durée de vie comptable est généralement comprise entre 15 et 20 ans, même si, sur le terrain, certains équipements peuvent durer plus longtemps. Fiscalement, il est admis d’amortir piquets et fils de fer sur une durée unique, distincte de celle des vignes elles-mêmes, qui sont souvent amorties sur 25 ans.

Les systèmes de protection contre le gel (tours antigel, chaudières, dispositifs d’aspersion) et les filets paragrêle relèvent également de l’amortissement. Les tours antigel et installations permanentes peuvent être amorties sur 10 à 15 ans, tandis que les filets paragrêle, plus fragiles et exposés aux intempéries, relèvent plutôt d’une durée de 7 à 10 ans. La clé consiste à apprécier la durée probable d’utilisation de ces aménagements en fonction de votre contexte climatique et du niveau de risque climatique que vous anticipez sur votre vignoble.

Les façons culturales (taille, traitements phytosanitaires, désherbage) restent quant à elles des charges annuelles, parfois assimilées à des avances aux cultures, mais déductibles au titre de l’exercice de réalisation. Les dépenses ponctuelles destinées à remplacer quelques piquets ou fils cassés s’analysent comme de l’entretien. En revanche, si vous refaites entièrement un palissage ou installez un nouveau système de protection, il s’agit d’une amélioration durable devant être immobilisée et amortie.

Optimisation fiscale de l’amortissement des installations agricoles

Utilisation du dispositif de suramortissement pour les investissements écologiques

Certains dispositifs fiscaux permettent de pratiquer un « suramortissement », c’est-à-dire une majoration de la base d’amortissement initiale pour des catégories d’investissements ciblées, souvent orientées vers la transition énergétique ou la réduction de l’empreinte environnementale. Selon les périodes et les lois de finances successives, ces dispositifs ont visé, par exemple, les équipements économes en énergie, les installations de production d’énergies renouvelables ou les dispositifs de dépollution.

Concrètement, le suramortissement vous autorise à déduire, en plus de l’amortissement classique, un pourcentage supplémentaire du coût d’acquisition de l’équipement. Même si nombre de ces dispositifs sont limités dans le temps, l’idée reste la même : encourager les agriculteurs à investir dans des installations plus vertueuses, tout en allégeant leur charge fiscale à court et moyen terme. Avant tout projet important (station de traitement des effluents, unité de méthanisation, matériels d’économie d’énergie), il est donc utile de vérifier si un régime de suramortissement ou d’amortissement exceptionnel est en vigueur.

Pour profiter au mieux de ces opportunités, il est conseillé de travailler étroitement avec votre expert-comptable ou votre centre de gestion. Ensemble, vous pouvez planifier vos investissements écologiques de manière à coïncider avec la période d’application du dispositif, optimiser la répartition des amortissements sur plusieurs exercices et anticiper l’impact sur votre résultat fiscal et votre trésorerie.

Application de l’amortissement exceptionnel pour les matériels agricoles récents

Au-delà du suramortissement, le Code Général des Impôts prévoit des régimes d’amortissement exceptionnel pour certains matériels et équipements, notamment dans le but de favoriser l’innovation et le renouvellement rapide du parc d’outils de production. Cela a été le cas, par exemple, pour certains logiciels, matériels d’économie d’énergie ou équipements spécifiques datant de périodes révolues. Pour les matériels agricoles, ces dispositifs peuvent concerner, à certaines dates, des engagements de mise aux normes environnementales ou de réduction du bruit.

L’amortissement exceptionnel se caractérise par la possibilité de déduire en un laps de temps très court (parfois un ou deux ans) l’intégralité du coût d’un équipement qui, en régime normal, serait amorti sur 5, 7 ou 10 ans. Pour un agriculteur, c’est un levier puissant pour réduire sa base imposable sur une période donnée, tout en renouvelant son outil de production. En contrepartie, cela suppose d’accepter que, passées ces premières années, il ne restera plus de dotation d’amortissement à comptabiliser sur le bien.

Comme pour le suramortissement, ces dispositifs sont fermement encadrés dans le temps et par type de matériel. Il est donc indispensable de vérifier, avant d’appliquer un amortissement exceptionnel, que le bien entre bien dans la liste prévue par les textes et que la date d’acquisition ou de fabrication est compatible avec le dispositif. À défaut, l’administration pourrait remettre en cause la déduction opérée.

Stratégies d’amortissement dans le cadre des sociétés agricoles : EARL, GAEC et SCEA

Dans les sociétés agricoles (EARL, GAEC, SCEA), l’amortissement revêt un enjeu particulier, car il impacte non seulement la fiscalité de la structure, mais aussi la répartition des résultats entre associés. La société, soumise à l’impôt sur le revenu ou à l’impôt sur les sociétés, doit définir une politique d’amortissement cohérente avec sa stratégie de développement, ses besoins de distribution de revenus et ses projets d’investissement futurs.

Par exemple, dans une EARL soumise à l’impôt sur le revenu, un amortissement plus rapide des installations agricoles permet de réduire le bénéfice imposable réparti entre les associés. Cela peut être intéressant lorsque ceux-ci sont fortement imposés dans leur foyer fiscal. À l’inverse, dans une SCEA soumise à l’impôt sur les sociétés, l’arbitrage entre amortissement linéaire et dégressif devra tenir compte de la capacité de la société à dégager des bénéfices futurs, de son endettement et des plus-values latentes sur les immobilisations en cas de cession ou de transmission.

Une bonne pratique consiste à formaliser vos choix de durées et de modes d’amortissement dans une note interne ou dans le cadre des procédures comptables de la société. Cela facilite le suivi dans le temps, la cohérence entre les différents exercices et le dialogue avec l’administration en cas de contrôle. N’hésitez pas à simuler différents scénarios d’amortissement pour mesurer leur impact sur la rentabilité et la fiscalité de votre structure agricole avant de trancher.

Cas particuliers et installations à durée d’amortissement variable

Amortissement des clôtures électriques, panneaux photovoltaïques et éoliennes agricoles

Certaines installations agricoles, par leur nature ou leur technologie, échappent aux schémas classiques de bâtiments ou de matériels. C’est le cas, par exemple, des clôtures électriques, des panneaux photovoltaïques ou des petites éoliennes installées sur l’exploitation. Les clôtures permanentes, lorsqu’elles sont conçues pour rester durablement en place, s’analysent comme des aménagements de terrain, souvent amortis sur 10 à 15 ans. Les éléments mobiles ou destinés à un usage temporaire peuvent, eux, être assimilés à du matériel avec des durées plus courtes.

Les installations photovoltaïques agricoles, qu’elles soient en toiture de bâtiment ou au sol, constituent des immobilisations spécifiques. Sur le plan comptable, leur durée d’amortissement est souvent calée sur la durée prévisible de production ou de contrat de rachat de l’électricité, typiquement 20 ans. Cela vaut aussi bien pour les panneaux que pour les onduleurs et les structures de fixation, même si dans la pratique certains composants (notamment les onduleurs) devront être remplacés avant la fin du contrat. Vous pouvez, si vous voulez être plus précis, distinguer panneaux et onduleurs, ces derniers étant amortis sur une durée plus courte (8 à 10 ans).

Les petites éoliennes agricoles, utilisées pour l’autoconsommation ou l’injection sur le réseau, s’amortissent généralement sur 15 à 20 ans, selon les caractéristiques techniques et les garanties du fabricant. Ici encore, une approche par composant (mât, génératrice, système de contrôle) peut être pertinente si les durées de vie sont significativement différentes. Dans tous les cas, il est important d’intégrer dans votre plan d’amortissement la perspective d’éventuelles remises aux normes ou remplacements anticipés liés à l’évolution des technologies et des réglementations énergétiques.

Traitement comptable des améliorations foncières et des plantations pérennes

Les améliorations foncières et les plantations pérennes occupent une place particulière dans la comptabilité agricole. Les terres, en tant que telles, ne sont pas amortissables, car leur valeur n’est pas censée se déprécier de manière prévisible du fait de l’usage et du temps. En revanche, les travaux qui apportent une amélioration durable aux sols ou créent des plantations productives doivent être immobilisés et, dans certains cas, amortis.

Les améliorations foncières permanentes (nivellement, défrichement, suppression de haies, rases de talus, certains aménagements fonciers agricoles et forestiers) constituent un élément du prix de revient des terres et sont généralement inscrites en immobilisations non amortissables. En revanche, les améliorations foncières temporaires, comme la construction de voies de desserte sommaires ou certains drains et aménagements hydrauliques, peuvent être amorties sur leur durée normale d’utilisation. Les frais de drainage, par exemple, sont amortissables, tandis que leurs simples frais d’entretien restent en charges.

Les plantations pérennes (vignes, vergers, oliveraies, noyers, etc.) constituent des immobilisations amortissables, même si les terres restent dans votre patrimoine privé. Leur prix de revient comprend le coût des plants et les frais de plantation jusqu’à la première production normale. L’administration recommande des durées de production moyenne par espèce et mode de conduite : les vignes sont souvent amorties sur 25 ans, les vergers sur des durées variables selon l’espèce (pommiers, poiriers, abricotiers, etc.), généralement comprises entre 15 et 25 ans.

Les investissements annexes (piquets, fils, systèmes de soutien, filets paragrêle, irrigation spécifique) doivent être suivis dans des comptes distincts et amortis selon leur propre durée de vie. Les façons culturales (taille, traitements, désherbage) sont assimilées à des avances aux cultures et déductibles en charges, sous réserve de respecter la date de clôture de l’exercice par rapport à la récolte. Cette distinction, parfois subtile, entre immobilisation et charge courante, conditionne la bonne gestion de l’amortissement de vos plantations pérennes.

Gestion de l’amortissement des matériels d’occasion et des équipements reconditionnés

Enfin, un cas fréquent en agriculture concerne l’acquisition de matériels d’occasion ou d’équipements reconditionnés : tracteurs, outils de travail du sol, semoirs, presses, mais aussi robots de traite ou tanks à lait d’occasion. Ces biens restent amortissables, mais la durée d’amortissement doit être adaptée à leur durée d’utilisation probable à compter de leur entrée dans votre exploitation. Il n’est pas question de reconduire la durée initiale comme s’il s’agissait d’un bien neuf.

Par exemple, si vous achetez un tracteur d’occasion de 6 ans pour lequel la durée d’utilisation totale raisonnable est estimée à 12 ans, vous pouvez l’amortir sur 6 ans à compter de son acquisition. La base d’amortissement est son prix d’achat, majoré des frais directement liés à sa mise en état d’utilisation (transport, remise en état initiale, adaptation éventuelle). Vous pouvez opter pour un amortissement linéaire, voire, dans certains cas précis, pour un amortissement accéléré si les conditions d’exploitation le justifient (usage intensif, conditions difficiles).

Les équipements reconditionnés, remis à neuf par un fournisseur, s’analysent de la même manière. Leur durée d’amortissement dépendra de l’état réel du bien, des garanties contractuelles et de la technologie embarquée. Vous devez être en mesure de justifier, en cas de contrôle, les éléments qui vous ont conduit à retenir telle ou telle durée : factures, descriptifs techniques, attestations du vendeur, historique d’utilisation. En procédant ainsi, vous sécurisez votre stratégie d’amortissement tout en adaptant vos charges à la réalité économique de vos matériels agricoles.

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